Un jardin nommé désir

Des pelouses vertes impeccables ou encore des golfs aux greens savamment entretenus… L’image appartiendra peut-être bientôt au passé. La Californie meurt de soif et désormais tous les abus sont montrés du doigt. Les autorités prennent des mesures pour inciter la population à réduire sa consommation d’eau. Certaines municipalités vont même jusqu’à offrir une prime pour remplacer son gazon contre un jardin sec, moins gourmand en eau.

Échange gazon contre dollars

Après les sécheresses de ces dernières années, la Californie a été frappée par des pluies diluviennes et des tempêtes cet hiver. Si les nappes phréatiques ont refait leur stock, les climatologues ne crient pas victoire pour autant. Ils encouragent les Californiens à continuer leur mutation pour devenir plus écolo. Alors que les pelouses vertes et grasses faisaient la fierté de ses propriétaires, les autorités n’ont pas eu le choix. Elles les ont encouragés, à grands coups de billets verts, à les remplacer par des jardins secs faits de galets, de pierres, de paillis minéraux, de lavandes, d’agaves et surtout de plantes grasses comme les cactus. Les premiers ont commencé à fleurir dans le Sud de l’état. Mais ils ne viennent pas encore supplanter ceux qui font la fierté de la Californie : le Huntington dans la banlieue de Los Angeles et Lotusland près de Santa Barbara.

Huntington

Le Huntington botanical gardens accueille chaque année 500 000 visiteurs. Cette oasis de 48 hectares, installée à San Marino, a été achetée par Henry Huntington, un richissime homme d’affaires. À partir de 1906, il va en faire, avec sa femme, un jardin des délices. Plus de 15 000 plantes, venues du monde entier, ont été savamment repiquées. Il y a aujourd’hui douze jardins thématiques : le jardin chinois, le plus important au monde hors de Chine, le jardin japonais avec ses bâtiments provenant directement du pays du soleil levant ou encore le jardin de roses, sans oublier les étangs de nénuphars et la véritable jungle reconstituée autour de gigantesques cascades où les jardiniers retrouvent parfois endormis des touristes égarés.

Lotusland

C’est d’abord l’oeuvre d’une femme : Ganna Walska. Chanteuse d’opéra à la courte carrière et veuve richissime, elle s’installe en 1941 à Montecito près de Santa Barbara, sur les conseils de son professeur de yoga. En attendant les moines bouddhistes retardés par la seconde guerre mondiale, elle commence à planter des cactus et des euphorbes qu’elle adore. Elle mettra près de 40 ans à réaliser son rêve et à rassembler les plantes les plus extraordinaires du monde entier. Ganna Walska y apporte une dernière touche en 1979 avec la création d’un jardin de cycas, après avoir vendu ses bijoux. Lotusland comprend 16 jardins avec parfois quelques raretés, seules survivantes de leur espèce.