Souriez aux anges !

Souriez aux anges !Hors du temps pour certains, d’un goût douteux pour d’autres, les bondieuseries souvent assimilées aux kitcheries, bravent les règles de l’esthétiquement correct. Or revendiquer sa confession dans son quotidien tient plus de la démystification de la religion, voire d’un certain besoin de protection, qu’au prosélytisme ou au galvaudage.

Longtemps LE sujet de prédilection des artistes, la foi et l’art sont sacrément liés. Les milieux de la mode et de la décoration sont, aujourd’hui, gagnés par la même ferveur. Elle n’est pas sans nous évoquer les pays latins de tradition catholique, riches en couleurs et lieux de culte.

L’art religieux populaire fascine par son caractère symbolique, expressif et dramatique : des martyrs en tous genres livrés aux tourments, à la désolation, la lamentation, mais encore des Saintes en extase, une Vierge triomphante, un Christ glorieux. Le faste du baroque se confond avec l’exubérance du gothique. Dorures, polychromie et cierges ruissellant de cire servent la théâtralité de la mise en scène. Chapelets, amulettes, croix, icônes s’emparent des murs aux douces tonalités de rose, bleu pâle, blanc pur où niche une adorée Vierge à l’enfant, en plâtre ou terre cuite. Dans un impérieux besoin de profusion, on accumule : collections de bénitiers, de statuettes à l’effigie de la Vierge, forêt de crucifix étendue par un miroir. Les bondieuseries insufflent joyeuseté et audace dans une décoration rigoureusement moderne. Il suffit de peu pour convertir une pièce sans âme : un prie-Dieu en guise de valet, et une simple croix en tête de lit dans une chambre trop dépouillée ou terne. Un plafond cathédrale élèvera avec splendeur un monumental lustre chandelier de bronze.

Nul besoin d’un pèlerinage à Lourdes, les marchés aux puces regorgent, entre autres curiosités, de trouvailles et fantaisies bénites. Les antiquaires proposent des pièces rares et de valeur sûre. Alors rompons avec le sacro-saint conservatisme !