So British !

En premier lieu, le papier peint fut importé de Chine. Fort apprécié des Anglais qui, les premiers, en peaufinèrent la fabrication, il fut bientôt rebaptisé “papier d’Angleterre” et marqua d’un sceau indélébile l’esprit British. Du raffinement extrême des premiers papiers chinois à sa popularisation, il empreint, épisodiquement, l’histoire de la décoration en Europe et en Amérique. Point désuet mais plus que jamais à la page, on se réjouit qu’il refleurisse nos intérieurs. On ne se lasse pas de revoir nos classiques, réédités, réinterprétés. À la bonne heure, pour rompre avec l’hostilité du climat ; coup de théâtre dans la maison ! On rhabille les murs, on les tend de papier peint, pour une atmosphère feutrée et enveloppante !

So British !Le papier peint est une solution de décoration murale à forte identité. Il est, à lui seul, une leçon de styles : rétro, psychédélique, arts & Crafts, arty, trendy. Imprimés de motifs inspirés, sophistiqués, réalistes, il restitue, en langage visuel, tout un univers. Sa présence et son pouvoir décoratif évoquent avec justesse un style, un contexte. Chez les adeptes du “less is more”, il s’affichera dans un décor minimaliste. En d’autres lieux, il sera raccord ou participera à une mise en scène opulente ou éclectique. Ses illustrations figuratives ou abstraites permettent des combinaisons, tantôt judicieuses tantôt hasardeuses, de styles et d’époques ; les indiennes jouxtent les damas, les toiles de Jouy et autres chinoiseries, tandis que rayures chemises, chevrons, pieds de coq et tartans se juxtaposent, l’ensemble concilié en une même gamme de couleurs.

Le jeu répétitif des motifs structure l’espace et anime les grandes surfaces planes. Ainsi, les volumes se redéfinissent : niches et renfoncements, recouverts de petits motifs, gagnent en profondeur, des murs, tapissés à mi-hauteur ou aux trois-quarts, s’élèvent. Pour la note d’esprit, on défie les lois des proportions en placardant de grands ramages fleuris dans une kitchenette, on rythme les longueurs en alternant zébrures et guirlandes de feuilles, ou encore on dévie les lés verticaux en les déroulant à l’horizontal. Divers éléments décoratifs ou architecturaux en trompe l’oeil, tels que porte-manteau, bibliothèque, tête de lit, colonnes, drapés, se prêtent à l’enrichissement d’un décor, se mêlant parfois subtilement à l’existant.

Grâce à des techniques d’impression de plus en plus sophistiquées, voire l’incorporation de matériaux divers, sinon précieux comme la feuille d’or, on obtient des fauxsemblants bluffants. Du trompe-l’oeil au faux unis texturés, les effets de matière comme le bois, la céramique, les impressions textiles, dans des rendus mats, sablés, brossés, estompés, floqués, simulent le précieux et l’authentique à l’oeil comme au toucher. Plus éblouissants, les papiers qui s’illuminent, la nuit venue, grâce aux encres phosphorescentes ou l’incrustation de leds ou fibres optiques.

Enfin, les papiers peints panoramiques, glorieuse innovation française du XIXe, déploient à nouveau des décors grandeur nature sur le pourtour des pièces en vue, jusqu’aux plafonds. Les éditeurs en proposent en tous genres. Mais grâce aux nouveaux procédés d’impression numérique, on crée des murs à son image, d’après des photos et gravures anciennes.

Toute mise en place suppose un bon départ. Les fonds doivent être mis à nu, uniformisés et non poreux, si besoin à renfort de sous-couche papier ou colle d’apprêt. La pose débute à l’angle d’un mur contigu à celui de la fenêtre. S’il s’agit d’un papier à gros motifs, le premier lé sera centré par rapport à l’élément majeur d’une pièce, une cheminée par exemple. Les nouveaux papiers ne manquent pas d’attraits : préencollés, intissés à poser directement sur les murs encollés, repositionnables, au grammage camouflage pour effacer les imperfections, ou encore les versions grande largeur ou sans raccord. Ils sont lavables, lessivables, comme les vinyliques. Les papiers tissu ou métallisés, plus délicats, se destinent aux pièces sèches.

La fabrication traditionnelle à la planche de bois gravée, reprend du service à la demande des plus exigeants, en quête de qualités picturales et artistiques inimitables.

En réaction contre l’austérité monacale, un simple décor de papier prodigue allure et gaité en son “home sweet home”.