Par delà le paravent

Par dela le paraventApparut sous la Dynastie des Zhou, “l’adorable bouclier”, selon sa désignation chinoise, était à son origine un panneau de bois unique, fixé sur un socle. Il était destiné, en premier lieu, à faire écran, servir de brise-vue, brise-vent et de protection contre la chaleur. Le paravent s’est progressivement ouvert en plusieurs “feuilles”, assemblées et articulées par des charnières à double rotation. Ses panneaux étaient essentiellement confectionnés de bois peint et richement décoré, ou de soie tendue sur des châssis en bois. Ainsi développé, il préserve davantage l’intimité et, plus bienfaisant encore, chasse les mauvais esprits, grâce à sa disposition en dents de scie.

Très en vogue au XVIII ème siècle, il se mue au gré des décors les plus raffinés, pour ensuite revêtir des formes japonisantes plus épurées, sous Napoléon III. Luxueusement paré, il gagne l’aura d’un meuble précieux à haut potentiel décoratif. Bientôt, tous les arts décoratifs s’y déploient ; laque incrustée, tapisserie, parchemin, peinture figurative. Certaines réalisations signées de grands maîtres, sont des oeuvres d’art certifiées.

Sa structure mobile, filiforme et orientable s’accommode parfaitement à la configuration de l’habitat contemporain et notre mode de vie. Le paravent, opacifiant ou ajouré, module subtilement les volumes décloisonnés et instaure des espaces privés. Ainsi, il fait rempart aux indiscrétions et se pose en garde-fou de vos secrets. De sa forte théâtralité, il illustre, en plusieurs volets, un thème, un concept, un univers. Enfin, d’une grande stabilité, il supporte tous types de garnitures, fibre naturelle, cuir, métal. Les designers se réapproprient ce grand classique, inspirés par son profil haut, sa maniabilité et son extensibilité, qui ouvrent à une imagination sans limites.

Indifféremment, meuble fonctionnel, rationnel et objet de contemplation, le paravent n’a rien perdu de son envergure !

Par dela le paravent