Drôles de dames

Sous ses allures confortables, la méridienne invite au repos, à la nonchalance. Ses courbes et ses rondeurs sont synonymes d’élégance et de raffinement. Malgré son grand pouvoir de séduction, cette cousine du canapé a pourtant d’autres rivales. Elle a fort à faire face aux Récamier, duchesses et autres dormeuses. Mais quel que soit leur nom, ces belles de jour ont traversé les siècles en toute discrétion, sans prendre une ride.

La méridienne et ses rivales sont avant tout un mixte entre le sofa, la chaise longue et le fauteuil. Elles ont toujours su trouver une place de choix dans nos intérieurs. Ces petits canapés sont même plus irrésistibles que jamais. Installés dans un salon, une chambre, une bibliothèque ou même dans une entrée, ils ont plus d’une corde à leur arc. On peut s’y prélasser, y dormir, y lire ou tout simplement s’y asseoir, seul ou à plusieurs. Ce meuble multifonction sème le trouble jusqu’au bout. Il multiplie en effet les identités sans perdre de vue son objectif : nous conduire dans les bras de Morphée.

Un peu d’histoire… La méridienne

Le mot « méridienne » vient du latin « meridies » qui signifie « sieste de l’après midi ». Le terme est d’ailleurs toujours utilisé dans certains pays chauds pour évoquer ce doux moment de la journée. Ce fauteuil, tout en longueur voit le jour sous Louis XV au XVIIIe siècle. Ses créateurs s’inspirent des lits grecs, style très prisé à l’époque, qui le sera plus encore sous Napoléon Bonaparte. Il s’agit d’un fauteuil dont le chevet (le côté du lit où repose la tête) est relié au pied (le bas du lit, où reposent les pieds) par un dossier oblique. Il est dans un premier temps appelé « veilleuse » ou plus généralement « chaise longue ». À la différence de leur cousine la méridienne, la veilleuse et la chaise longue n’ont pas d’accoudoir. Ce type de canapé prend pour la première fois le nom de méridienne en 1765. Ses lignes s’inspirent directement d’une Bergère, un fauteuil aux mêmes formes galbées, créé également sous Louis XV. La méridienne peut être associée à un repose-pieds. Elle devient alors une « duchesse ». Depuis cette époque, la méridienne se décline dans tous les styles. Sa version baroque, en velours, est toutefois le modèle qui a le mieux traversé les époques et les modes. Aujourd’hui encore, il résiste aux créations des designers, plus épurés mais peut-être moins cosy que leurs ancêtres.

Le récamier

Ce canapé, très proche de la méridienne doit sa renommée au peintre Jacques-Louis David et à une femme : Juliette Récamier, jeune bourgeoise appartenant à la société montante sous Napoléon Bonaparte. L’artiste a peint la jeune femme à demi allongée sur un sofa, juste vêtue d’une simple robe blanche. Lascive, elle est obligée de se retourner pour regarder David. Le peintre va faire de cette scène un chef-d’oeuvre. Il ira même jusqu’à refuser de le terminer pour laisser le tableau brut sans fioritures. Bien des années plus tard, le tableau est toujours exposé au musée du Louvre. Si le modèle est passé aux oubliettes, le fauteuil, lui, a traversé les siècles. Il est passé à la postérité sous le nom de récamier ou récamière. Le sofa dans lequel la jeune femme a pris place ressemble à une méridienne puisque c’est un sofa de repos. Mais à la différence d’une méridienne classique, le chevet est à la même hauteur que le pied.

La dormeuse

Comme son nom l’indique, la dormeuse est une méridienne spécialement conçue pour le sommeil. Là encore très proche de la méridienne, elle se compose d’une large assise mais sans pieds. Elle permet de s’étendre et de dormir. La plus célèbre est celle du président Félix Faure. Il y mourut dans les bras de sa maîtresse, après un conseil des ministres agité le 16 février 1890. La petite histoire ne dit pas ce qu’est devenu le canapé…